• La deuxième phase du plan de paix pour Gaza a du mal à démarrer
    Jan 29 2026

    Au Proche-Orient, le corps du dernier otage enlevé par le Hamas le 7 octobre 2023 a été rapatrié et inhumé en Israël. C’était la dernière condition posée par Israël pour passer à la phase 2 du plan de de paix américain et validé par les Nations unies.

    Cette deuxième phase prévoit l'administration de la bande de Gaza par un comité technocratique palestinien, sous la supervision du conseil de la paix présidé par Donald Trump. Il y a aussi la démilitarisation du territoire et le désarmement du Hamas, la mise en place d’une force internationale et le retrait progressif de l’armée israélienne.

    Aucun de ces points n’est simple. Le comité technocratique palestinien de quinze membres présidé par l’ancien vice-ministre palestinien Ali Shaath est actuellement basé au Caire. Et pour assumer ses fonctions, il faudrait déjà qu’il puisse circuler librement. C’est loin d’être le cas. Sous la pression des négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner, Israël a a annoncé la réouverture du point de passage de Rafah, entre l’Égypte et la bande de Gaza. Mais il s’agit d’une réouverture strictement encadrée par l’armée israélienne et limitée aux piétons. Pas de quoi faire entrer dans le territoire palestinien toute l’aide humanitaire nécessitée par la situation désastreuse comme le demandaient hier encore une dizaine de pays occidentaux dont la France.

    L'épineuse question du désarmement

    Et puis il y a l’épineuse question du désarmement du Hamas. C’est la priorité affichée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui veut le faire de manière facile ou difficile. Son gouvernement veut la destruction des armes du Hamas et de ses tunnels. Le Hamas refuse les conditions israéliennes et privilégie non pas une destruction de ses armes, ce serait nous voler notre âme disent ses dirigeants, mais un gel et un stockage, en échange d’une trêve prolongée.

    La force multinationale est elle aussi loin d’être constituée. Elle est censée être sur le terrain et former des unités de police palestinienne. Le Hamas dit ne pas avoir d’objection mais la voit comme une force d’interposition, façon Finul au Liban, pour, disent les dirigeants de l’organisation islamiste, les séparer de l’occupation, en l’occurrence Israël. L’État hébreu n’a jamais délégué sa sécurité à des pays tiers et il est extrêmement réticent à l’idée de la le faire. Plusieurs pays ont proposé de fournir des troupes, mais Israël récuse certains pays comme la Turquie, jugés trop proches du Hamas.

    Enfin il y a la question du retrait israélien de la bande de Gaza. Sans surprise, ce sera également difficile. Benjamin Netanyahu affirme qu’Israël « maintiendra son contrôle sécuritaire sur l'ensemble de la zone allant du Jourdain à la mer Méditerranée », soit Israël et l'ensemble des territoires palestiniens occupés. Et la situation actuelle de la ligne jaune derrière laquelle l’armée israélienne est censée rester, mais qui semble mouvante et autour de laquelle chaque partie s’accuse de violations fréquentes du cessez-le feu, n’incite pas vraiment à l’optimisme.

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  • Alors que la répression continue, l'Iran de nouveau dans le viseur américain
    Jan 28 2026

    Après s’être abstenus de frapper l’Iran au plus fort de la répression meurtrière contre le mouvement de protestation, les Etats-Unis font de nouveau monter la pression sur la République islamique.

    L’arrivée dans l’océan Indien du porte-avion Abraham Lincoln et de son groupe naval, et l’arrivée d’autres moyens dans les prochains jours vont offrir plusieurs options à la Maison Blanche. C’est plus qu’au Venezuela précise Donald Trump dans une menace à peine voilée. Hier les Etats-Unis ont annoncé un exercice militaire aérien de plusieurs jours au Moyen-Orient. Cet exercice « démontrera la capacité à déployer, disperser et maintenir une puissance aérienne de combat » à travers la région explique la composante aérienne du commandement militaire américain pour la zone.

    Négocier, mais quoi ?

    Les Etats-Unis montrent donc leurs muscles et c’est une façon de communiquer. Avec l'électorat américain. C’est une dimension à ne pas négliger en année électorale après les changements de pied sur le Groenland et sur la politique anti-immigration au Minnesota. Communiquer aussi avec les mollahs qui ont réprimé le mouvement de protestation en faisant des dizaines de milliers de morts selon certaines ONG. Malgré cela, Donald Trump répète qu’il est ouvert à la négociation et son entourage affirme que les Iraniens connaissent les conditions américaines. Négocier quoi ? C’est toute la question. On en est réduit aux suppositions. Un départ d'Ali Khamenei et de son entourage ? Des concessions dans le dossier nucléaire ? Dans le pétrole ? L’objectif officiel des Etats-Unis, c’est de se désengager du Moyen-Orient pour se concentrer sur leur hémisphère et sur le pétrole du Venezuela. Mais ils se sont aperçu que cela prendra des années avant qu'il soit pleinement exploitable. En attendant, il faut bien s’adapter et maintenir les flux transitant par le détroit d'Ormuz.

    Hostilité et instabilité

    L'Iran réagit par la menace. Ce qui indique que le régime sent le danger. L'Iran considérera les pays voisins comme « hostiles » si « leur sol, leur ciel ou leurs eaux sont utilisés » pour des frappes contre le pays, a averti hier un haut responsable des forces navales des Gardiens de la Révolution. Le président iranien a même averti directement le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane que les menaces américaines ne feront que produire de l’instabilité pour les pays de la région.

    Eviter l'escalade

    Des pays qui depuis des jours et des jours font tout pour retenir le président américain d’agir. Et des pays qui font partie de son conseil pour la paix lancé il y a quelques jours. On y retrouve le Qatar, les Emirats Arabes unis et l'Arabie saoudite. On sait que le royaume saoudien s’est beaucoup fait entendre à Washington pour éviter une escalade qui déstabiliserait la région. Peut-être que l’Arabie saoudite préfère avoir face à elle un régime affaibli par les coups reçus par ses alliés dans la région mais un pays connu, plutôt qu’un pays de 90 millions d’habitants en pleine tourmente politique. Car en cas de changement de régime, on sait ce que l'on perd, mais on ne sait pas ce que l'on gagne.

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  • Pour les Européens, le chemin de l'autonomie numérique est encore long
    Jan 27 2026

    Quelques jours après la passe d’armes entre les États-Unis et plusieurs pays européens sur le Groenland, l’Union européenne continue d’avancer sur sa volonté d’autonomie vis-à-vis des États-Unis. Notamment dans le domaine numérique et de la sécurité.

    L'Union européenne a ouvert lundi 26 janvier une enquête concernant le réseau social X et l’apparition ces dernières semaines de fausses images de femmes dénudées, donc certaines étaient mineurs. Celles-ci étaient générées par Grox, l’outil d’intelligence artificielle de la plateforme. En décembre, le réseau social avait été frappé d’une amende pour non-conformité aux règles européennes sur les services numériques.

    Le patron et propriétaire de X, Elon Musk, s’en était pris à l’Union européenne en la comparant à l'Allemagne nazie et en appelant à son abolition. L’ancien commissaire européen français Thierry Breton, à l’origine de la réglementation, s’est vu interdit de territoire américain. Toujours

    lundi, l’Union a désigné la très populaire messagerie instantanée WhatsApp, du groupe Meta comme étant suffisamment importante pour devoir se conformer à encore davantage de réglementation européenne.

    Solutions souveraines

    Pas de recul, donc, et même une volonté de se sevrer des outils numériques américains. Le week-end dernier, la France a annoncé que les administrations vont progressivement adopter une nouvelle solution pour les réunions en visioconférence devenues indispensables depuis la crise du coronavirus : en employant un outil maison, l'État cherche des solutions techniques et des infrastructures souveraines pour remplacer outils majoritairement américains que sont Teams, Zoom, Google Meet ou autres.

    C’est un début, parce que de nombreux services informatiques sont basés sur des solutions américaines et notamment les suites bureautiques signées Microsoft, qui équipent une grande majorité des environnements professionnels - qu’ils soient publics ou privés.

    Risques pour les libertés et la sécurité

    La dépendance existe aussi au-delà des environnements de travail, sur des questions qui relèvent de la sécurité nationale. Lundi soir, l’Académie des sciences morales et politiques recevait discrètement à Paris l’un des barons du complexe techno-industriel américain, Peter Thiel. Soutien de la première heure de Donald Trump et financeur des campagnes électorales du vice-président JD Vance, Peter Thiel ne fait aucun mystère de son mépris de la démocratie et de son souhait de voir les structures étatiques dirigées sur le mode entrepreneurial tel qu’il le conçoit : avec un patron tout-puissant.

    Il est le cofondateur de Palantir, un outil de traitement des données à destination des États qui utilise l’intelligence artificielle pour faciliter la surveillance. Il est notamment utilisé actuellement par la police anti-migrants ICE, sous le feu des critiques aux États-Unis après avoir abattu deux personnes à Minneapolis. Mais des services de renseignements européens l'utilisent également, dont la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en France.

    Les ONG dénoncent un risque pour les libertés et la sécurité de données sensibles maîtrisées par une entreprise proche du pouvoir américain. Présenté au départ comme une solution provisoire par la DGSI après les attentats de 2015, le contrat a été sans cesse renouvelé depuis, notamment en décembre, pour trois années supplémentaires. Trois années de plus à dépendre d’une organisation et d’un environnement qui n’apprécient pas spécialement le modèle européen.

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  • En Inde, l'UE lancée dans la course à la diversification des partenariats internationaux
    Jan 26 2026

    C’est la fête de la République en Inde lundi 26 janvier, avec son traditionnel défilé dans le centre de New Delhi. Comme souvent en pareille occasion, le Premier ministre indien Narendra Modi accueille des invités d’honneur et cette année, ils sont européens.

    La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa vont pouvoir admirer les acrobaties des motards des forces de sécurité, véritable clou du spectacle traditionnel du défilé, mais ils ne viennent pas pour ça.

    Ils sont en Inde pour conclure à partir de demain un accord de libre-échange en négociation depuis presque 20 ans entre le pays le plus peuplé du monde, davantage que la Chine, et le marché unique européen de 450 millions d’habitants. Les Européens espèrent une baisse des droits de douane dans un pays traditionnellement protectionniste. Les Indiens espèrent eux avoir accès à des technologies et à des investissements qui leur manquent. Ce n’est pas tout, un partenariat en matière de sécurité et de défense est également sur la table.

    Nouveaux débouchés

    L’Inde et l’Union européenne ont en commun d’être sous la pression commerciale de l’administration américaine. L’Europe a vu tripler l’été dernier la surtaxe sur ses exportations à destination des États-Unis. Très récemment, lors de la brusque montée de tension sur le Groenland, le président américain a menacé plusieurs pays européens d’aller encore plus loin avant de se rétracter, au moins provisoirement.

    L’Union européenne cherche donc de nouveaux débouchés avec cet accord, comme avec celui sur le Mercosur signé très récemment malgré les craintes pour son agriculture. Quant à l’Inde, elle s’est vu imposer 50 % de droits de douane sur ses exportations à destination des États-Unis l’été dernier. Le pays porte aussi une longue tradition de non-alignement : il continue par exemple de commercer avec la Russie en matière d’énergie et ne semble pas avoir du tout l’intention d’arrêter, même si cela contribue au financement de la guerre en Ukraine, l’une des principales préoccupations européennes.

    Nouvelle donne géopolitique

    La diversification, c’est le mot d’ordre aujourd’hui dans les relations internationales. Selon le principe éprouvé qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, le premier ministre canadien Mark Carney a conclu il y a quelques jours un accord de partenariat avec la Chine, ce qui lui vaut à lui aussi des menaces américaines de droits de douane. Mais les ambitions de domination mondiale de la Chine sont connues.

    La montée en puissance manufacturière chinoise a aussi entraîné un mouvement général de délocalisations qui a nourri les populismes, dont celui qui est au pouvoir aux États-Unis. C’est pourquoi, dans un discours qui a marqué les esprits la semaine dernière au Forum économique mondial de Davos, Mark Carney prenait acte de la nouvelle donne géopolitique et appelait les puissances moyennes à s’unir. Pour tenter d’éviter de vivre dans un monde que les grandes puissances semblent avoir l’intention de se partager en sphères d’influence.

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  • Au Soudan, la guerre oubliée du reste du monde et dont personne ne voit la fin
    Jan 23 2026

    C'est un conflit qui dure depuis bientôt trois ans. La guerre au Soudan est une guerre aux conséquences catastrophiques que rien ne semble pouvoir arrêter.

    C’est une guerre considérée par les Nations unies comme la pire catastrophe humanitaire au monde. Depuis près de trois ans, elle a fait des dizaines de milliers de morts, près de 15 millions de déplacés au total, à l’intérieur et à l’extérieur des frontières du pays. Les récits d’exactions contre les populations sont effroyables : civils frappés, abattus, violés ou enlevés sans réapparaitre. Ceux qui y échappent sont de plus en plus souvent armés et jetés dans le conflit, adultes comme enfants. Le tout oublié par beaucoup, du fait des guerres en Ukraine et à Gaza, ainsi que des bouleversements géopolitiques et de l’agitation internationale actuels.

    Deux factions sans intention de négocier

    D’un côté, les forces armées soudanaises du général al-Burhan, qui constituent les autorités reconnues à l’international. Elles tiennent la partie nord-est du pays et elles avaient leurs quartiers à Port-Soudan, au bord de la mer Rouge avant de se réinstaller dans la capitale Khartoum, détruite par la guerre et reprise il y a un an. La situation n'y est toujours pas complètement stabilisée. De l’autre, les paramilitaires des forces de soutien rapide de Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemedti. Les FSR contrôlent l’ouest et le sud du pays et notamment le Darfour dont la prise a entrainé des exactions qui ont entraîné des sanctions internationales et notamment américaines contre le patron des FSR. Aucune des deux parties ne veut céder. Elles sont tout simplement engagées dans un duel à mort. Chacun veut la défaite, le désarmement et la soumissions de l’autre.

    Un conflit alimenté par des soutiens extérieurs

    L'Égypte et Arabie saoudite côté forces armées soudanaises. Et puis côté FSR, les Émirats arabes unis qui nient toute implication aussi bien publiquement que dans leurs relations diplomatiques, malgré des éléments de plus en plus nombreux et documentés. Il s’agit pour ces puissances d’étendre leur influence géopolitique en Afrique et au bord de la Mer Rouge, l’une des routes commerciales maritimes les plus fréquentées au monde. Ces pays et d’autres fournissent apparemment des armes et notamment des drones aux deux camps qui les projettent sur les populations et les infrastructures civiles.

    Des tentatives d’arrêter ce conflit ont lieu régulièrement, à coups d’embargos et de sanctions. Ou de médiations. Toutes ont échoué. Encore cette semaine, l’armée soudanaise a annoncé étudier une nouvelle proposition de trêve américano-saoudienne. Et c’est justement ce qui ne fonctionne pas. On ne voit pas comment une telle proposition impliquant l’un des soutiens d’un des belligérants, en l'occurrence l'Arabie saoudite pourrait avoir l’approbation de l’autre partie. Quant aux pays tiers et extérieurs, comme les pays européens, ils ne peuvent que constater leur impuissance à arrêter une guerre dont personne ne voit la fin.

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  • Les menaces de Donald Trump contre l'Europe embarrassent ses alliés politiques européens
    Jan 22 2026

    La température est retombée hier soir entre Donald Trump et plusieurs pays européens au sujet du Groenland et des menaces de droits de douanes supplémentaires. Finalement, le président américain a annoncé un accord avec l’Otan et ses membres pour garantir la sécurité de l’île. Mais la séquence a mis à rude épreuve les nerfs de tout le monde, y compris des amis européens du mouvement trumpiste.

    Pas facile de s’adapter à ces changements de pied successifs. Et pas facile de défendre le président américain quand on est d’une formation nationaliste et qu’il s’en prend directement à votre pays. C’est ainsi que Jordan Bardella, le président du rassemblement national dénonçait un chantage inacceptable. Pourtant il n’a pas toujours été aussi virulent avec le mouvement MAGA. L’an dernier, il était allé à Washington à la CPAC, la grand-messe des conservateurs américains. Il en était reparti sans s’exprimer après un salut nazi de Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, qui au passage l’avait traité de « petit garçon ». En Allemagne, la patronne de l’AfD, Alice Weidel a même comparé les méthodes de Donald Trump à celles de Vladimir Poutine. Difficile de dire cependant si c’est une si forte critique, étant donné que des membres de son parti ont fait le voyage de Moscou.

    Un soutien clair

    Et pourtant ces partis sont favorisés par Donald Trump et son entourage. Par exemple, le président Trump, avait dénoncé des poursuites politiques après la condamnation en première instance de Marine Le Pen dans l'affaire de détournement de fonds publics pour laquelle elle est actuellement jugée en appel. Au même titre que d'autres responsables politiques français, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus ensemble par l’ambassadeur américain en France, Charles Kushner, qui est le père de Jared Kushner, l’influent gendre de Donald Trump. Il y a quelques jours, la secrétaire générale de la commission nationale consultative des droits de de l’homme racontait avoir été approchée par deux diplomates américains qui lui ont donné l’impression de chercher des informations pour présenter les poursuites contre Marine Le Pen comme des poursuites politiques. Elle a informé le ministère des Affaires étrangères qui prend l’affaire au sérieux et qui suit ce dossier. En Allemagne, le soutien est encore plus clair. Le Vice-Président JD Vance ne s’en est même pas caché. Il dénonce la classification extrémiste de l'AfD par les services de renseignement allemands. Il a rencontré rencontré Alice Weidel. Et certains les dirigeants de l’AfD et certains élus du parti ont rencontré des responsables politiques républicains à New York et à Washington.

    Corriger la trajectoire européenne

    Tout ça, c’est une vraie stratégie de l’administration trumpiste. C’est écrit noir sur blanc dans la stratégie de sécurité nationale dont on vous parle souvent ici. Pour contrer la menace d’effacement civilisationnel de l’Europe identifiée à Washington et que Donald Trump a encore dénoncé hier à Davos, eh bien il faut selon ce document encourager l’influence grandissante des partis européens patriotes, des alliés politiques précise le texte. Il parle aussi d’attachement sentimental à l’Europe. Mais une Europe conforme à la vision des auteurs du document, dont certains membres du département d'état proches de l’institut Claremont, un centre de réflexion ultra-conservateur. Une Europe vue comme mise en danger par l'immigration et dont le mouvement trumpiste veut tout faire pour corriger la trajectoire. En assumant de s’ingérer dans les affaires politiques intérieures des pays concernés.

    À lire aussiEn Europe, l'embarras des alliés de Donald Trump sur la question du Groenland

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  • Après l'Otan et ses alliés européens, Donald Trump s'attaque à l'ONU
    Jan 21 2026

    Après l'Alliance atlantique, dont plusieurs pays membres sont menacés de droits de douane parce qu’ils s’opposent à sa volonté d’acquérir le Groenland, Donald Trump s’en prend désormais à l’ONU, une autre composante essentielle de l’ordre international d’après la Deuxième Guerre mondiale.

    C'est la dernière proposition iconoclaste du président américain. Sa proposition de « Conseil de la paix ». Initialement prévu pour superviser sous sa présidence, la future gouvernance de Gaza, c'est ce qui a été validé aux Nations unies, il a en fait des prétentions beaucoup plus larges. Le territoire palestinien n’est même pas mentionné dans la charte qui circule depuis lundi soir. Le texte explique que le but est de promouvoir la stabilité et de garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par les conflits. Autrement dit le travail du Conseil de sécurité des Nations unies, dont les institutions sont évoquées quand même assez directement comme « des institutions qui ont trop souvent échoué et dont il faut avoir le courage de s’éloigner ».

    Un président tout puissant

    Donald Trump propose une solution toute personnelle. Il serait le président, quasiment à vie, de ce « Conseil de la paix ». Il inviterait ou révoquerait personnellement les membres et validerait les décisions. Comme au Conseil de sécurité, il pourrait y avoir des membres permanents, moyennant le paiement d’au moins un milliard de dollars, en espèces, ce qui nécessitera de grosses valises de billets. Plusieurs pays expliquent avoir reçu une invitation. Certains ont déjà accepté, dont l'allié israélien, mais aussi les pays signataires des accords d’Abraham et donc proches des États-Unis : le Maroc, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Il faut y ajouter la Hongrie de Viktor Orban, à la proximité idéologique revendiquée avec Donald Trump, ou encore l’Arménie, dont le conflit avec l’Azerbaïdjan n’est pas résolu. La France a en revanche déjà annoncé qu’elle ne donnerait pas suite car ce Conseil excède largement le mandat validé par les Nations unies et est en contradiction avec leur charte. Quant au président ukrainien Volodymyr Zelensky, il se voit mal siéger dans une instance pour la paix aux côtés de Vladimir Poutine qui a lui aussi été invité alors qu’il continue à bombarder l’Ukraine. D’autres pays réservent leur réponse.

    Initiative chinoise

    Ce n’est pas la première fois que les Nations unies sont critiquées. L’hostilité des républicains américains en particulier n’est pas nouvelle. Elle s’est manifestée pendant des années dans le refus de financer certaines organisations dont l’Unesco, considérées comme hostiles. Là, il s’agit de s’y substituer pour construire, dit la proposition, « une organisation internationale plus agile et efficace ». Sans se lancer dans le débat récurrent sur l’efficacité des Nations unies, on peut quand même se souvenir qu'elles ont parfois réussi sinon à empêcher, du moins à encadrer et limiter les effets de certains conflits. On peut aussi s'interroger sur la non-évolution depuis leur création de l’attribution des sièges de membres permanents du Conseil de sécurité dans un monde qui a quand même changé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. D’autres l’ont constaté. La Chine a proposé en septembre dernier sa propre initiative pour la gouvernance mondiale présentée comme plus juste et plus équitable que le système actuel considéré comme défaillant mais que la Chine dit toujours soutenir. Cette attaque américaine contre l’ONU est donc aussi une nouvelle illustration de la compétition et de la rivalité sino-américaine pour l'organisation du monde.

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  • Première année du 2e mandat de Donald Trump, un an de retour vers le passé
    Jan 20 2026

    Cela fait un an aujourd’hui que Donald Trump est revenu à la Maison Blanche. Et depuis un an, c’est un peu comme un voyage dans le temps, plus précisément au XIXe siècle.

    La plupart les références historiques, politiques et idéologiques de Donald Trump renvoient à cette période. Et en particulier à un homme, l’un de ses prédécesseurs, le 25e président William McKinley. C’était pendant la période dite du « Gilded age », l’âge doré ou l’âge du toc, traduction selon les préférences de chacun. Une époque de forte croissance américaine, entrecoupée de crises bancaires brutales et durant laquelle des magnats industriels, notamment du chemin de fer, haute technologie à l’époque, se partageaient les richesses, et les postes de pouvoir. Une époque de très fortes inégalités également. William McKinley était un ardent défenseur des droits de douane quand il était élu au congrès, comme Donald Trump aujourd’hui, avant d’en revenir sur la fin de sa vie, mais ça l’actuel président n’en parle jamais. Autre similitude intéressante, il faisait de la politique chez lui, sous le porche de sa maison dans sa ville de Canton, dans l’Ohio, un peu comme Donald Trump reçoit volontiers dans sa propriété de Mar A Lago en Floride.

    Destinée manifeste

    Ils ont également en commun une politique d’expansion territoriale. William McKinley a d’abord tenté de persuader le colonisateur espagnol de vendre Cuba aux États-Unis. L’échec des négociations déclenchera la guerre hispano-américaine. Résultat une victoire américaine sans appel : Guam, Porto-Rico et les Philippines sont cédés aux États-Unis, Cuba devient un protectorat américain. En fait c’est tout au long du XIXe siècle que les États-Unis s'étendent, soit par l’achat de territoires, la Louisiane vendue par la France en 1803, la Floride cédée par l’Espagne en 1821, l’Alaska vendue par la Russie en 1867, soit par la guerre, le Texas pris au Mexique en 1845, soit par la conquête de territoires considérés comme vierges, en fait de la colonisation pure et simple aux dépens des peuples autochtones. Tout cela est basé sur la destinée manifeste des États-Unis, une idéologie religieuse selon laquelle la nation américaine aurait pour mission divine l'expansion de la « civilisation » vers l'Ouest, et à partir du XXᵉ siècle dans le monde entier. Donald Trump y a fait une référence explicite il y a un an jour pour jour dans son discours d’investiture pour expliquer que les États-Unis iraient planter leur drapeau sur la planète Mars.

    Architecture internationale menacée

    Cela explique en partie la volonté actuelle affichée d’acquérir le Groenland, par exemple. Donald Trump et les idéologues à l’origine de la récente stratégie de sécurité nationale, notamment des proches du vice-président JD Vance, veulent s’inscrire dans la continuité de cette Histoire. Même chose pour le souhait, en ce moment publiquement réprimé, de faire du Canada le 51e état américain. Pareil pour l’intervention au Venezuela, justifiée ouvertement par la réactivation de la doctrine Monroe de 1823. Encore le XIXe siècle. C’était aussi une époque où il n’y avait ni institutions ni droit international, où tout se réglait directement entre puissants. Et c’est sans doute l’idée du conseil pour la paix de Donald Trump, prévu pour superviser la gouvernance de Gaza, mais pour lequel il a manifestement des ambitions beaucoup plus larges. En contradiction avec l’actuelle architecture internationale, conçue pour éviter les catastrophes et notamment les deux guerres mondiales de la première moitié du XXe siècle, qui rappelons le, a suivi de près le XIXe tant rêvé et fantasmé à Washington.

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