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  • Les derniers jours de Patrice Lumumba — Le chimiste et le crocodile (2/6)
    Feb 15 2026

    L’ordre est venu du Bureau ovale. L’arme, elle, se cachait dans une salle de bains.

    Washington, août 1960. La guerre froide se tend, l’impatience gagne. À la Maison Blanche, dans le huis clos d’une réunion tenue à l’écart des regards, le président Dwight D. Eisenhower prononce une phrase dont la brutalité résume une logique : il souhaiterait que Patrice Lumumba « tombe dans une rivière pleine de crocodiles ». La consigne est à peine voilée : il faut neutraliser, éliminer.

    Mais la CIA ne dépêche pas un tireur. Elle dépêche un chimiste.

    Dans l’épisode 2, apparaît « Joe de Paris » — le Dr Sidney Gottlieb, figure singulière de l’Agence, spécialiste des poisons et des techniques de contrôle, artisan discret d’une guerre menée dans l’ombre. Il n’arrive pas au Congo avec un pistolet, mais avec une valise diplomatique. À l’intérieur, un arsenal d’une domesticité glaçante : des gants en caoutchouc, une seringue, et un tube de dentifrice imprégné d’un agent biologique mortel.

    C’est cette bascule, à la fois absurde et terrifiante, que l’épisode raconte : le moment où l’une des plus puissantes machines de renseignement au monde transforme un geste du quotidien — se brosser les dents — en instrument de guerre. Sur les rives du fleuve Congo, le chef de poste de la CIA, Larry Devlin, se retrouve à tenir dans la même main un tube de poison, et dans la même tête la charge d’un ordre venu d’en haut. Le piège est prêt, la toxine attend. Et, déjà, les crocodiles décrivent leurs cercles.

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    17 Min.
  • Les derniers jours de Patrice Lumumba — Le Discours et le Silence (1/6)
    Feb 15 2026

    30 juin 1960. Le jour où le texte a pris feu.

    Dans la moiteur de Léopoldville, tout semble réglé pour une passation de pouvoir impeccable, une cérémonie d’indépendance conçue comme un exercice de bienséance. Devant le Parlement congolais, à peine né, le roi Baudouin de Belgique ne vient pas demander pardon pour huit décennies de violence coloniale ; il vient célébrer le « génie » de son aïeul, Léopold II — au nom duquel des millions de vies furent broyées. Le souverain attend des remerciements. Il attend de l’ordre. Il attend, surtout, le silence.

    Patrice Lumumba, trente-cinq ans, ancien employé des postes devenu premier ministre, n’entend pas se prêter à cette mise en scène. Il porte une autre mémoire, une autre chronologie, un autre récit national que celui qu’on voudrait faire prononcer à voix basse.

    Dans l’épisode 1, « Le discours et le silence », on assiste à la rupture. Contre le protocole, Lumumba prend la parole sans y être convié. Il monte à la tribune et, d’un geste, fissure le décor. Le langage diplomatique, cette couche de vernis posée sur l’histoire, se craquelle : il refuse de remercier les colonisateurs pour le prétendu « don » de la liberté. Il rappelle, au contraire, ce que l’indépendance a coûté — « des larmes, du feu et du sang » — et restitue à la date sa part d’ombre, de chair et de douleur.

    Il égrène les humiliations, les insultes, les coups ; l’expérience quotidienne d’être relégué au rang de citoyen de seconde zone sur sa propre terre. Devant des dignitaires européens saisis, il lâche une phrase qui tranche comme une lame : « Nous ne sommes plus vos singes. »

    Ce n’est plus un discours : c’est un basculement. Tandis que, dehors, la foule congolaise s’embrase d’enthousiasme et qu’au premier rang le roi des Belges se fige, la colère au visage, une autre mécanique se met en marche — celle de la guerre froide, de ses soupçons, de ses relais, de ses calculs. À Washington comme à Bruxelles, on comprend qu’on ne tiendra pas Lumumba en laisse. Et, au cœur même de cette minute de défi, le premier ministre, sans le savoir, entame le compte à rebours de sa propre disparition.

    Écoutez comment sept minutes de vérité ont suffi à inquiéter les puissants et à installer le Congo dans une tragédie du XXᵉ siècle : celle d’une indépendance aussitôt disputée, d’une souveraineté aussitôt piégée. Le silence s’est rompu. La tempête, elle, commence.

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    24 Min.