Contes modernes - Radio Solidarité Titelbild

Contes modernes - Radio Solidarité

Contes modernes - Radio Solidarité

Von: Radio Solidarité
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Über diesen Titel

Ici, pas de baguette magique. Pas de château. Pas de prince. Juste des voix. Celles qu’on n’entend jamais. Celles des précaires, des invisibles, des enfants oubliés, des anciens qu’on évite, des jeunes qu’on juge, des gens qu’on croise sans les voir. Chaque conte est une fable sociale. Écrite avec rage, tendresse, humour ou gravité par Laurent Frémal et Lue par Luc BolssensRadio Solidarité Kunst Politik & Regierungen Sozialwissenschaften
  • L’écho des clés
    Dec 4 2025
    Il y a des clés qu'on garde toute une vie, et d'autres qu'on trouve par hasard, sans
    savoir encore qu'elles vont tout changer.
    Celle-ci, c'est une petite clé en métal doré, usée et cabossée, sans porte connue.
    Elle est tombée d'une poche un matin de novembre, devant un centre d'accueil, rue
    dépeupliée.
    Le premier à la ramasser s'appelle Léo.
    Il dormait dehors, sur un carton, depuis trop longtemps pour compter les hivers.
    Quand il l'a vue briller au sol, il a cru que c'était un signe, il l'a gardée,
    accrochée autour de son cou, comme un porte-bonheur.
    Chaque nuit, il la faisait teinter entre ses doigts, ça le rassurait.
    Il disait, c'est peut-être la clé de ma prochaine chance.
    Un soir, en allant chercher un repas chaud, il croisa un jeune réfugié, Youssef, frigorifié,
    tremblant sous un Porsche.
    Léo s'approcha, lui tendit sa couverture.
    La clé tomba dans la main du garçon.
    « Tiens, t'as fait tomber quelque chose », dit Youssef.
    « Non, garde-la peut-être qu'elle t'ouvrira une porte à toi.
    »
    Youssef hésita, puis la serra fort dans sa paume.
    Quelques jours plus tard, Youssef trouva un emploi de nettoyage dans un immeuble du
    centre-ville.
    Chaque matin, il passait la serpillère dans les couloirs en s'y flottant doucement.
    Le concierge, un vieil homme bourru mais curieux, ignit par lui parler.
    « Dis donc, gamin, elle vient d'où, ta clé ? Je sais pas où on me l'a donnée.
    »
    Le vieux concierge sourit.
    « C'est drôle, elle ressemble à celle d'un ancien local qu'on n'ouvre plus.
    »
    Il l'essaya dans la serrure.
    Un déclic.
    La porte grinça, derrière une pièce vide pleine de poussière de vieux meubles et d'une
    grande baie vitrée donnant sur la ville.
    « Tu vois, » dit le vieux, « parfois faut juste oser essayer. »
    Le concierge décida d'en faire une salle commune, un lieu de pause pour les employés,
    de chaleur pour ceux qui n'ont nulle part où aller pendant la pause de midi.
    Youssef proposa d'y apporter du café.
    Et la clé resta accrochée à un clou près de la porte, symbole du droit d'entrer sans
    frapper.
    Un jour, la maire de la ville vint visiter l'immeuble.
    Elle s'arrêta devant la pièce.
    C'est quoi cet endroit ? Un local oublié qu'on a rouvert, madame.
    Et cette clé ? Celle qui a tout commencé.
    La maire resta silencieuse un moment, émue par la simplicité du geste.
    Elle demanda à la garder juste un jour.
    Le soir même, elle la posa sur son bureau.
    Et pour la première fois depuis longtemps, elle pensa autrement.
    Aux portes qu'on ferme sans s'en rendre compte.
    Aux gens qu'on laisse dehors, symboliquement et réellement.
    La semaine suivante, elle fit voter un projet.
    Ouvrir les bâtiments publics vides la nuit, pour ceux qui n'ont plus de toit.
    Le lendemain, les journaux titrèrent.
    Une clé change le visage de la ville.
    Mais personne ne savait d'où elle venait vraiment.
    Ni qu'elle avait traversé les poches d'un sans-abri.
    Les mains d'un réfugié, le cœur d'un concierge,
    avant de finir sur le bureau d'une mère.
    Aujourd'hui encore, la clé trône dans une vitrine à l'entrée de la mairie.
    Petite, discrète, presque oubliée.
    Mais chaque fois qu'un passant s'arrête devant, il peut lire la plaque.
    Cette clé a ouvert plus qu'une porte.
    Elle a ouvert des consciences.
    Et parfois, quand le vent souffle sur la place,
    on jurait entendre un petit tentement métallique.
    Comme un écho, l'écho des clés.

    Une clé n'ouvre pas que des portes.
    Elle ouvre aussi des consciences.
    Un passant s'arrête devant, il peut lire la plaque.
    La clé d'un réfugié, le cœur d'un concierge,
    avant de finir sur le bureau d'une mère.
    Petite, discrète, presque oubliée.
    Mais chaque fois, quand le vent souffle sur la place,
    on jurait entendre un petit tentement métallique.
    Comme un écho, l'écho des clés.
    Elle ouvre des consciences.
    Comme un écho des consciences.
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    7 Min.
  • La gare du dernier train
    Nov 29 2025
    Il y a, quelque part dans la périphérie d'une grande ville,
    une petite gare oubliée,
    une de ces gares dont personne ne parle,
    parce qu'aucun train officiel n'y passe plus depuis longtemps.
    Les rails sont rouillés, les bancs désertés,
    les panneaux effacés par la pluie et le vent.
    Pourtant, chaque soir à minuit moins dix,
    un homme vient allumer la lampe du quai.
    Il s'appelle André, chef de gare à la retraite.
    Mais il n'a jamais vraiment quitté son poste.
    André, c'est un homme du rail,
    de ceux qui croient que tant qu'un train peut passer,
    il y a de l'espoir.
    Alors même si les trains ne s'arrêtent plus, il vient.
    Il balaie le quai, il essuie les vitres.
    Il a juste sa casquette.
    Et il attend.
    Personne ne sait vraiment ce qu'il attend.
    Les habitants du quartier le prennent pour un vieux fou,
    mais lui sait.
    Il sait qu'à certaines nuits,
    les nuits où la ville semble retenir son souffle,
    le dernier train passe encore.
    Ce soir-là, la pluie tombait doucement comme un rideau.
    André était là,
    fidèle au poste avec sa lanterne allumée.
    Il entendit d'abord un bruit de pas sur le quai, des pas hésitants.
    Traînant,
    une silhouette s'approcha.
    Un jeune homme,
    le regard perdu, un sac à dos usé.
    Il demanda d'une voix tremblante,
    « Excusez-moi, monsieur,
    il part quand le dernier train ? »
    André sourit.
    Il regarda sa montre imaginaire.
    « À minuit, mon garçon ? »
    Mais il ne s'arrête que pour ceux qui croient encore à leur destination.
    Le jeune ossa les épaules.
    « J'ai tout raté, il n'y a plus de destination pour moi. »
    Le chef de gare répondit doucement.
    « Alors attends un peu,
    parfois le train met du temps à arriver. »
    Mais il passe toujours.
    Quelques minutes plus tard, une femme s'approcha,
    trempée jusqu'aux os.
    Elle portait un sac plastique et une photo froissée.
    « Vous savez, monsieur,
    je viens ici chaque semaine.
    J'attends mon fils, il a disparu depuis deux ans. »
    André ossa la tête.
    « Les trains, madame,
    ça finit toujours par amener quelque chose. »
    Parfois pas ce qu'on espère, mais toujours un signe.
    Elle s'assit sur le banc, les yeux dans le vide,
    la photo serrée contre son cœur.
    Minuit approchait.
    Le vent se léva.
    Et soudain,
    le sol vibra légèrement.
    Au loin,
    un grondement.
    Un bruit familier,
    mais venu d'un autre temps.
    Les rails rouillés depuis des années se mirent à luire sous la pluie.
    Puis une lumière blanche fendit la nuit.
    Un train fantôme, silencieux, immense, glissa lentement jusqu'au quai.
    Les passagers à bord semblaient flous comme faits de brume,
    mais leur visage était paisible sur la locomotive.
    Une plaque.
    Train de minuit.
    Direction.
    Deuxième chance.
    André leva sa lanterne.
    Le jeune homme, la femme et quelques silhouettes errantes s'approchèrent.
    « C'est ici ? » demanda le garçon.
    « C'est ici ? » répondit André, mais le billet.
    « Il faut le trouver dans ton cœur. »
    Le jeune regarda la femme, puis le vieux chef de gare.
    Il ferma les yeux.
    Et quand il les rouvrit, il tenait un ticket blanc entre ses doigts.
    Sans savoir comment.
    Il monta dans le train.
    La femme aussi.
    En s'asseyant, elle sentit une main invisible lui toucher l'épaule.
    Son fils, peut-être.
    Le train siffla doucement.
    Un son long, grave, presque humain, et lentement,
    il repartit dans un halo de vapeur et de pluie.
    André resta seul sur le quai, la lanterne à la main.
    Le regard tourné vers la brume.
    Quand tout redevint silence, il murmura.
    Tant qu'il reste un train d'espoir, personne n'est laissé sur le quai.
    Puis il rangea sa casquette, éteignit la lampe et quitta la gare.
    Mais depuis ce soir-là, certains jurent que les nuits de pluie,
    on entend encore un sifflement lointain.
    Comme si le dernier train passait encore,
    pour ceux qui ont gardé la foi.
    Même dans l'obscurité.
    A sud- Hamo.
    Tant qu'il reste un train d'espoir, personne n'est laissé sur le quai.
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    6 Min.
  • Le banc des invisibles
    Nov 22 2025
    Il est là, immobile, depuis si longtemps que même les pigeons le connaîtent à cœur.
    Un vieux banc vert, rangé par la rouille et les saisons.
    On le croit banal, mais il a tout vu.
    Et surtout, tout entendu.
    Chaque matin, les premiers rayons du soleil glissent sur son dos de bois fondu.
    Chaque soir, la nuit vient lui chuchoter les confidences des passants.
    C'est un banc comme un autre, sauf qu'il écoute.
    Un jour d'hiver, il y a longtemps, il a accueilli un homme que plus personne ne regardait.
    Un sac plastique pour oreiller, un vieux manteau pour couverture.
    Il s'appelait Michel, mais plus personne ne l'appelait par son prénom.
    Il parlait peu, sauf au banc.
    Il lui disait « Toi au moins, tu ne juges pas ».
    Le banc, lui, ne répondait pas, mais il grinçait parfois, comme pour dire qu'il comprenait.
    Michel venait chaque jour, jusqu'à ce qu'un matin, il ne vienne plus.
    Le banc a senti le vide ce jour-là, un vide plus froid que la neige.
    Quelques années plus tard, une jeune fille s'est assise au même endroit, elle pleurait en silence.
    Ses écouteurs crachaient une chanson triste que le banc a absorbée comme un écho du passé.
    Elle a sorti un carnet et a écrit dessus.
    « Je n'en peux plus de ce monde où il faut toujours sourire ».
    Le banc aurait voulu la prendre dans ses bras.
    Il aurait voulu lui dire que les larmes, parfois, sont le seul vrai langage.
    Mais il n'a pu qu'être là.
    Et parfois, être là, c'est déjà beaucoup.
    Un autre jour, c'est un vieux monsieur qui s'est installé, avec un pain et des miettes pour les oiseaux.
    Il s'y flottait doucement chaque midi, toujours le même air.
    Un air que Michel aimait bien, autrefois.
    Le banc a reconnu la mélodie.
    Il s'est dit que la vie, malgré tout, faisait parfois de beaux retours.
    Les saisons ont passé encore et encore.
    Les feuilles mortes sont devenues tapis d'or.
    Les amours se sont déclarés, puis envolés.
    Des mains ont gravé des cœurs, des insultes, des initiales.
    Des enfants y ont sauté.
    Des ados s'y sont embrassés.
    Des poètes y ont rêvé.
    Le banc a tout pris, tout gardé.
    Les rires, les secrets, les colères.
    Il est devenu un livre de vie, sans pages, sans mots, mais plein d'histoires.
    Un soir de grand vent, un homme s'est approché.
    Il n'était ni jeune, ni vieux, juste fatigué.
    Il s'est assis lentement à soupirer, puis à murmurer.
    J'ai tout perdu, même le courage de recommencer.
    Le banc a senti le poids de son désespoir.
    Et sous la pluie, il s'est mis à grincer doucement comme un souffle de compassion.
    L'homme a levé la tête surpris, puis a souri.
    Un petit sourire timide, mais réel.
    C'est ce soir-là qu'il a décidé de retourner au centre d'accueil.
    Juste à deux rues de là.
    Le banc a su qu'il avait servi à quelque chose.
    Les années ont passé encore.
    Un matin, la mairie a voulu le remplacer par un banc neuf, plus moderne.
    Mais les gens du quartier ont protesté.
    « Pas de touche à notre banc », ont-ils dit.
    « Il fait partie de nous ».
    Alors on l'a laissé.
    Un peu bancal, un peu fatigué, mais toujours debout.
    Et chaque soir, sous la lumière jaune du lampadaire, il attend les histoires.
    Certains disent qu'il parle, qu'on peut l'entendre chuchoter
    si on s'assoit, sans téléphone, sans musique, sans bruit.
    Qu'il murmure des mots d'encouragement ou des souvenirs d'autre vie.
    Moi, je l'ai entendu une fois.
    Il m'a dit « Tu sais, les gens parlent.
    Il m'a dit « Tu sais, les gens passent, les douleurs aussi.
    Mais ce qui reste, ce sont les traces de chaleur qu'ils laissent derrière eux.
    Et depuis ce jour, chaque fois que je passe devant lui, je le salue.
    Parce que je sais qu'il garde encore, dans ses lattes usées,
    le souffle de ceux que le monde oublie.
    »
    Personne n'est invisible.
    Il suffit parfois d'un regard ou d'un vieux banc
    pour redonner une existence.
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    6 Min.
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