Inhaltsangabe

Développez facilement votre culture scientifique grâce à un podcast quotidien !

Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Choses à Savoir
  • Qu'est-ce que l’expérience du « jus invisible » ?
    Feb 19 2026

    Vers l’âge de deux ans, les enfants commencent à faire quelque chose d’extraordinaire : ils interagissent avec des objets qui n’existent pas. Une tasse vide devient brûlante, un repas imaginaire est servi avec sérieux. Ce comportement n’est pas anecdotique : il révèle l’apparition du jeu symbolique, la capacité à suspendre la réalité pour en créer une autre. Longtemps, les scientifiques ont vu dans cette aptitude une signature exclusive de l’esprit humain, à l’origine de notre créativité, de nos récits et de notre culture. Mais une expérience récente invite à reconsidérer cette certitude.


    Cette étude, publiée dans la revue Science, met en scène un bonobo exceptionnel : Kanzi. Kanzi n’est pas un primate ordinaire. Depuis les années 1980, il est connu pour sa capacité à comprendre des centaines de symboles lexigrammes et des phrases complexes en anglais. Mais l’expérience du jus invisible va encore plus loin.

    Le protocole est volontairement simple. Un expérimentateur fait mine de verser du jus dans des récipients… totalement vides. Aucun liquide réel n’est présent. Il boit ensuite ce « jus invisible », puis propose à Kanzi d’en faire autant, ou de servir à son tour. La question est cruciale : Kanzi va-t-il simplement imiter des gestes mécaniques, ou va-t-il entrer dans la fiction, comme le ferait un enfant humain ?


    Le résultat est troublant. Kanzi ne se contente pas de porter la tasse à sa bouche. Il adapte ses gestes : il incline le récipient, attend, boit, parfois essuie sa bouche. Mieux encore, lorsqu’il « sert » quelqu’un d’autre, il respecte la logique de la scène imaginaire. Autrement dit, il agit comme si le jus existait, tout en sachant qu’il n’existe pas réellement.


    C’est précisément ce « comme si » qui fascine les chercheurs. Le jeu symbolique suppose une double représentation mentale : savoir ce qui est réel, tout en acceptant temporairement une réalité fictive. Jusqu’ici, cette capacité était considérée comme un marqueur clé de l’esprit humain, observable très tôt chez l’enfant, mais absente chez les autres espèces.

    L’expérience du jus invisible suggère donc que la frontière cognitive entre l’humain et les grands singes est plus poreuse qu’on ne le pensait. Elle ne prouve pas que les bonobos imaginent des mondes complexes ou racontent des histoires, mais qu’ils peuvent, dans certaines conditions, partager une fiction intentionnelle.


    Les implications sont profondes. Si l’imagination n’est pas exclusivement humaine, alors ses racines évolutives sont bien plus anciennes. L’art, le langage symbolique et la culture pourraient reposer sur des capacités déjà présentes chez nos cousins primates.


    En somme, quand Kanzi boit un jus qui n’existe pas, ce n’est pas un simple jeu. C’est peut-être une fenêtre ouverte sur l’origine biologique de notre pouvoir le plus singulier : imaginer ce qui n’est pas encore réel.

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Mehr anzeigen Weniger anzeigen
    3 Min.
  • Quel test pour humains les corneilles vient-elles de réussir ?
    Feb 18 2026

    Pendant longtemps, certaines capacités cognitives ont été considérées comme un privilège humain. Se représenter un nombre abstrait, savoir si l’on sait ou si l’on ignore quelque chose, ou encore manipuler mentalement des concepts sans support concret. Or, une expérience récente menée en Allemagne est venue sérieusement bousculer cette frontière. Les héroïnes de cette découverte ne sont ni des singes ni des dauphins, mais… des corneilles.


    L’étude est conduite par l’équipe du neurobiologiste Andreas Nieder à l’Université de Tübingen. Son objectif : tester si ces oiseaux sont capables de ce que l’on appelle la métacognition, c’est-à-dire la capacité à évaluer ses propres connaissances. En clair : savoir si l’on a la bonne réponse… ou savoir que l’on ne l’a pas.


    Le protocole est redoutablement précis. Les corneilles sont entraînées à observer brièvement un écran affichant un certain nombre de points. Ensuite, l’image disparaît, et l’oiseau doit indiquer si le nombre présenté correspond à une valeur cible. Jusque-là, rien d’exceptionnel : beaucoup d’animaux savent distinguer des quantités simples. Mais voici la subtilité décisive. Dans certaines conditions, les corneilles ont la possibilité de renoncer à répondre lorsqu’elles ne sont pas sûres, évitant ainsi une pénalité.

    Et c’est là que l’exploit se produit. Les corneilles ne répondent pas au hasard. Elles choisissent de répondre lorsqu’elles ont vu clairement le stimulus… et s’abstiennent lorsqu’il est trop bref ou ambigu. Autrement dit, elles évaluent leur propre degré de certitude. Exactement le comportement attendu chez un humain conscient de ses limites.


    Mais l’expérience va encore plus loin. Les chercheurs enregistrent l’activité neuronale dans une zone du cerveau aviaire fonctionnellement équivalente au cortex préfrontal humain. Ils observent que certains neurones s’activent non pas en fonction de la réponse correcte, mais en fonction de la certitude subjective de l’oiseau. Ce signal neuronal de la confiance — que l’on pensait réservé aux primates — est bien présent chez la corneille.

    Jusqu’ici, ce type de test était considéré comme un marqueur fort de conscience de soi minimale. Il avait été validé chez l’humain, et de façon très débattue chez certains grands singes. Le voir réussi par un oiseau, dont le cerveau est organisé de manière très différente, est une surprise majeure.

    Cette découverte a des implications profondes. Elle montre que des fonctions cognitives dites “supérieures” peuvent émerger sans cortex cérébral, par des architectures neuronales totalement différentes. En clair : l’intelligence n’a pas un seul modèle biologique.

    Les corneilles ne parlent pas, n’écrivent pas, ne philosophent pas. Mais elles viennent de réussir un test qui, jusqu’à récemment, servait précisément à définir ce qui nous rendait uniques. Et cela oblige la science à revoir une vieille certitude : l’humain n’a peut-être jamais été aussi seul qu’il le croyait au sommet de l’intelligence.

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Mehr anzeigen Weniger anzeigen
    2 Min.
  • Combien de fois faut-il mélanger un jeu de cartes pour qu’il soit réellement aléatoire ?
    Feb 17 2026

    La question paraît anodine, presque ludique, pourtant, elle a occupé certains des plus grands mathématiciens modernes. Et la réponse est aujourd’hui claire, chiffrée, et contre-intuitive.


    Tout commence avec le mélange à l’américaine, appelé riffle shuffle : on coupe le paquet en deux, puis on entrelace les cartes. C’est le geste le plus courant chez les joueurs de poker et les croupiers. Mais est-il efficace ? Dans les années 1990, le mathématicien et ancien magicien Persi Diaconis, alors à Stanford, décide de répondre scientifiquement à la question.


    Avec ses collègues, il modélise mathématiquement le mélange de cartes comme un processus aléatoire et compare l’ordre du paquet après chaque mélange à un ordre parfaitement aléatoire. Leur verdict, publié en 1992, est sans appel : il faut exactement 7 mélanges riffle pour qu’un jeu de 52 cartes soit véritablement aléatoire.


    Avant 7 mélanges, le jeu n’est pas vraiment mélangé. Des structures subsistent, des cartes restent statistiquement proches de leur position d’origine. Après 7 mélanges, en revanche, on observe un phénomène brutal appelé transition de coupure (cutoff phenomenon) : le paquet passe soudainement d’un état “prévisible” à un état “indiscernable du hasard total”. Un 6ᵉ mélange est insuffisant ; le 7ᵉ fait basculer le système.


    Ce résultat est frappant quand on le compare au nombre total de configurations possibles d’un jeu de cartes : 52!, soit environ

    80 658 175 170 943 878 571 660 636 856 403 766 975…

    Un nombre si gigantesque que, si chaque personne sur Terre mélangeait un paquet chaque seconde depuis le Big Bang, il est extrêmement probable qu’aucun ordre n’ait jamais été répété. Et pourtant, seulement 7 mélanges bien faits suffisent pour atteindre cet océan de possibilités.


    Cette découverte a des implications bien au-delà des cartes. Les mêmes mathématiques servent à analyser :


    la sécurité des algorithmes cryptographiques,


    les méthodes de tirage au sort,


    le brassage des données en informatique,


    ou encore le mélange des particules en physique statistique.


    Conclusion surprenante : mélanger trop peu n’est pas du hasard, mais trop mélanger ne sert à rien. Les mathématiciens ont tranché : pour un jeu standard, 7 mélanges suffisent. Ni plus, ni moins. Une rare situation où le chaos obéit à une règle précise.

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Mehr anzeigen Weniger anzeigen
    2 Min.
Noch keine Rezensionen vorhanden